Nourrir le vieux cheval

Pour la communauté scientifique, un cheval est considéré âgé après 20 ans. Cependant, en fonction du stade physiologique (est-ce un reproducteur ?) et du passé du cheval (périodes de malnutrition, entrainement intensif …) la vieillesse peut être plus ou moins précoce, et plus ou moins difficile à vivre. Une revue sur l’alimentation du cheval âgé, c’est-à-dire un rapport des connaissances scientifiques actuelles, a été récemment rédigée par des chercheurs de Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Nous vous proposons ici un résumé de cette revue.

Que se passe-t-il lorsque le cheval vieillit ?

  • SANTÉ GASTRIQUE ET DIGESTION,
    • La diversité du microbiote intestinal diminue, ce qui peut donc entrainer une augmentation de la sensibilité aux infections et à l’inflammation.
    • La digestibilité du phosphore, des protéines et des fibres lorsque le parasitisme et la santé dentaire ne sont pas suivis diminue. Cependant, lorsque les chevaux sont correctement vermifugés et que la santé bucco-dentaire est régulièrement suivie, il n’y a plus de corrélation entre âge et digestibilité. Ainsi, la diminution de la digestibilité chez les chevaux âgés serait principalement liée au parasitisme et à des problèmes de dents.
  • BESOINS ÉNERGÉTIQUES ET ÉTAT CORPOREL
    • La majorité des chevaux âgés ne semble pas avoir de difficultés à se maintenir en état. De même, la perte de masse musculaire observée avec le vieillissement est principalement due à une diminution de l’exercice physique. Un exercice léger permet en effet de maintenir la masse musculaire chez des chevaux âgés, s’ils reçoivent en plus une supplémentation en acides aminés essentiels (lysine et thréonine). Chez le cheval âgé, la perte d’état doit donc alerter d’un problème de santé : dentaire, hépatique, rénale ou encore métabolique. En effet, les chevaux atteints de la maladie de Cushing par exemple, vont perdre leur masse musculaire de manière importante.
    • Lorsqu’il fait froid (et en particulier froid et humide), les vieux chevaux ont besoin de plus d’énergie pour maintenir leur température corporelle que les jeunes. Il a été également montré que l’âge perturbe la thermorégulation pendant l’exercice. Les chevaux âgés ont donc plus de difficultés à réguler leur température corporelle, ce qui signifie qu’ils peuvent avoir des besoins alimentaires augmentés l’hiver. L’été, ils peuvent également plus souffrir de la chaleur, ce qui peut notamment réduire leur appétit.
  • IMMUNITÉ ET SANTÉ
    • La fonction immunitaire se détériore, ce qui affecte la réponse à la vaccination (production d’anticorps) et donc la vulnérabilité aux infections avec l’âge. Cela est notamment lié au fait que les chevaux âgés ont une concentration en vitamine C sanguine moins importante que les jeunes chevaux. De la même manière, il existe un phénomène, appelé « inflamm-ageing » en anglais, qui se met en place lorsque le cheval vieillit. Cela signifie que plus le cheval est âgé, plus il exprime des facteurs de l’inflammation chronique. Or l’inflammation chronique est associée au développement de maladies métaboliques et de l’arthrose.
    • Les dents d’un cheval poussant toute sa vie, les risques de problèmes dentaires sont accentués avec l’âge. Le « quidding » (recrache des boulettes d’aliment prémâché), les sinusites à répétition, la perte de poids, les bouchons œsophagiens, l’inappétence, les coliques (surtout d’impaction), les changements de consistance des crottins, ainsi que la présence de fibres de longueur excessive dans les crottins
    • Les maladies orthopédiques, et en particulier l’arthrose peuvent affecter la volonté d’un cheval à s’alimenter, notamment au sol.

Comment nourrir le cheval âgé ?

En général, il est recommandé de mesurer régulièrement (entre 1 fois par semaine et 1 fois par mois) l’état corporel et/ou le poids du cheval, l’état corporel optimal se situant entre 2,5 et 3,5 sur 5. Il est également conseillé de suivre le protocole de vermifugation proposé par votre vétérinaire et de réaliser un suivi dentaire régulier (1 fois par an). Enfin, il est conseillé de proposer suffisamment de mangeoires/râteliers pour que le vieux cheval, s’il est logé en groupe, puisse néanmoins s’alimenter. En effet les vieux chevaux sont souvent en bas de la hiérarchie du troupeau et mettent plus de temps à finir leur ration. Dans les cas les plus extrêmes, un isolement pendant les repas est nécessaire.

Il est également important d’apporter au cheval âgé :

  • Une ration principalement composée de fourrages, entre 1,5 et 2,5% (matière sèche) de poids vif, ce qui correspond à 8-14kg de foin pour un cheval de 500kg,
  • Un aliment concentré dont la distribution et fractionnée (afin de ne pas dépasser 100g d’amidon pour 100kg de poids vif par jour) composé de protéines de bonne qualité (source soja, luzerne), riches en acides aminés essentiels (lysine, thréonine),
  • Un supplément riche en antioxydants, tels que la vitamine C, la vitamine E et le sélénium, qui vont jouer un rôle dans l’immunité et moduler l’inflammation.
  • Si le cheval est obèse mais en bonne santé, il est conseillé de limiter la distribution de foin à hauteur de 1,5% du poids vif (soit 8kg pour un cheval de 500kg), accompagnée d’un complément vitaminique et minéral.
  • Si le cheval est obèse et souffre de maladie métabolique, en plus des recommandations précédentes, il est conseillé d’éviter le pâturage et de distribuer un foin dont la quantité de sucres solubles est inférieure à 10%. Enfin, dans ce cas, la supplémentation en vitamine E peut être augmentée jusqu’à 8-10g par jour. Afin de ralentir l’ingestion de fourrages et d’éviter l’ennui, il est également recommandé de distribuer le foin dans un filet à foin à petites mailles.
  • Si le cheval perd du poids mais est en bonne santé, il est alors recommandé d’augmenter graduellement la valeur énergétique de la ration en augmentant en premier lieu la quantité de foin disponible. Dans la ration concentrée, il est également recommandé d’ajouter de l’huile végétale de bonne qualité à hauteur de 50ml pour 100kg de poids vif par jour. Nous vous recommandons également de supplémenter avec un pré-pro-postbiotique qui soutiendra le microbiote intestinal.
  • Si le cheval a des problèmes de dents malgré des soins vétérinaires, il faut savoir que l’herbe fraiche est plus facile à mâcher que le foin. Même dans ce cas, le régime du cheval doit être principalement composé de fourrages. Il est recommandé de choisir des foins avec beaucoup de feuilles, de l’enrubanné ou des foins hachés. Une attention particulière doit être cependant apportée aux foins hachés car les fibres courtes peuvent s’accumuler dans les trous entre les dents (diastème). Quoi qu’il en soit, il est recommandé de limiter la longueur des fibres afin de limiter les coliques d’impaction et d’augmenter la digestibilité de la ration. Si l’état des dents est trop mauvais, il est recommandé de tremper les aliments riches en fibres hachées. Cela va cependant diminuer la capacité d’ingestion du cheval par repas, ce qui nécessite donc un fractionnement (4 à 5 repas par jour) des aliments trempés.
  • Si le cheval souffre d’arthrose, en particulier d’arthrose cervicale, il est conseillé de distribuer la ration en hauteur (par exemple mangeoire accrochée à la lice la plus haute de la pâture) et de ne pas trop surélever le foin (éviter les filets à foin suspendus). En plus d’un suivi vétérinaire régulier, nous recommandons également d’apporter des chondroprotecteurs.

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